Journée Nationale de la Résistance

Journée Nationale de la Résistance

La Municipalité   de Dieppe

Sébastien Jumel, Maire de Dieppe et Conseiller régional de Normandie a déposé une gerbe entouré de Nicolas Langlois, Yves Bégos et Elodie Anger.

Madame la         Députée

Marie Le Vern

L'ANACR

  Membres de L'ANACR


Allocution de Sébastien Jumel

Maire de Dieppe

Conseiller régional de Normandie

"Mesdames, messieurs,

La Résistance est une valeur.Elle a guidé ceux qui nous ont précédés,comme une boussole du refus face à l'inacceptable, quand la conduite à tenir relève d'un impératif moral supérieur face à l'occupation du pays par l'Allemagne nazie.

Elle est mue par l'impulsion de la révolte: ne pas se résigner, ne pas baisser la tête ou courber l'échine dans une situation où tout semble injuste et bloqué, où la victoire de l'ennemi semble acquise, écrasante. "Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre" écrit le poète Aimé Césaire en 1941.

Toutefois, la résistance n'est pas un cri du cœur, elle est un cri de la pensée, quand celle-ci est niée par les idées les plus dangereuses et les plus funestes pour l'humanité.

Celle qui tout entière cherche la voie du refus, les possibles encore à explorer, même dans les heures les plus sombres.

Elle cherche les chemins à prendre en s'appuyant sur notre histoire, sur les forces à faire surgir,les ressources à identifier.

Les voies qui s'ouvrent sont multiples. Certains ont résisté par amour de la patrie,pour ne pas voir les allemands l'emporter.

D'autres, parce que le nazisme leur était insupportable, comme idéologie raciste et antisémite.

Ou encore, parce qu'ils voyaient dans ce système l'aggravation et même le point culminant d'un système impitoyable d'exploitation. D'autres encore, pour toutes ces raisons ensemble, parce que les valeurs de la France des Lumières étaient foulées aux pieds.

Mais la résistance n'est pas qu'une posture intellectuelle. Elle nécessite un courage, parfois physique car elle entraîne une mise en danger.

Elle engage dans la clandestinité,le cloisonnement des existences, le risque à tout moment.

Elle cherche les amis sur qui s'appuyer et les inconnus à qui il faut faire malgré tout confiance. Elle est fragile et vacillante.

Elle n'est pas une promesse de la gloire,mais un saut dans l'inconnu, éprouvant tout sur son passage, y compris ses propres limites.

Elle se paye souvent au prix fort, celui de la torture, de la déportation, de ma condamnation à mort.

C'est pourquoi je n'oublie jamais ceux qui à Dieppe, ont fait ce choix, dans la diversité des convictions et parfois des croyances. Je pense à Charles Pieters, à Marie-Thérèse Fainstein, à Jean Puech, maire de Neuville, Gabrielle Renou, Valentin Feldmann, Jacques Brunet,Jacques Delestre, Robert Arpajou, Marcel Kérélo, Georges Fix, Pierre Dubois, Gaston Cordier, Geroges Krumeich, Pierre Riffard,à Jean Caillet, toujours fidèle au rendez-vous de nos commémorations.

Ils ont fait preuve de cette audace et de ce courage. Ils ont pris ce risque, avec la conviction que leur cause dépassant leurs seules personnes et pouvait même en justifier le sacrifice.

La Résistance est comme

la paix. C'est une notion à réinventer en permanence, en fonction des lieux et des époques. Elle n'est pas un mythe romantique mais une nécessité de son temps. Elle conduit parfois à des révolutions, car elle produit toujours du neuf et du progrès. Qu'elle sème des idées nouvelles pour des victoires ultérieures,ou qu'elle triomphe, elle ne revient pas en arrière, mais construit des ruptures importantes.

Le programme du Conseil National de la Résistance s'appelait les Jours Heureux.Il comportait des mesures radicales et inédites pour le pays, qui le structurent encore aujourd'hui: sécurité sociale, droit du travail, protection des mineurs et système d'éducation, liberté de la presse, place de l'Etat stratège dans l'économie avec la nationalisation du secteur bancaire et de certaines industries.

Quelles seraient les voies de la Résistance aujourd'hui J'entends le mot revenir,comme signe de ralliement. Il continue de faire sens, de résonner à nos oreilles comme idée neuve.

Chacun lui donnera du sens en fonction des pouvoirs qu'il est nécessaire de contester, de manière toujours adaptée et proportionnée. Pouvoirs économiques qui nécessitent le contre-pouvoir citoyen et celui deslanceurs d'alerte.

Pouvoirs politiques qui outrepassent ou trahissent les mandats qui leurs sont confiés. Forces du malheur et de l'intégrisme religieux qui entendent imposer leur dogme et dévaster nos droits par la mort et la désolation.

La Résistance n'est pas à commémorer mais un esprit à célébrer. Elle n'est pas disparue. Elle est advenue et toujours à venir. C'est pourquoi nous prenons aujourd'hui le temps de la questionner dans son actualité.

En pensant à ceux d'hier et à nos combats d'aujourd'hui, puis qu’ainsi l'écrivait le poète résistant René-Guy Cadou à propos des fusillés de Chateaubriand: "Toute liberté se survit".